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9 février 2009

CULTURE Décès de Boubacar Joseph Ndiaye de Gorée Fin de mission pour le vieux sage

Actualites QuotidienL'Intelligent d'Abidjan

Boubacar Joseph Ndiaye, le mythique conservateur de la Maison des esclaves de Gorée,
a tiré vendredi sa révérence. Il a été inhumé samedi au cimetière layène de
Cambérène. Reconnu comme l’un des fidèles gardiens de la mémoire du peuple noir, «
Le vieux sage », comme on l’appelait, aura permis à de nombreux Africains et des
personnalités du monde de se souvenir du commerce le plus honteux que l’humanité ait
jamais connu. A 87 ans, il termine sa mission. Avec la disparition de Boubacar
Joseph Ndiaye, c’est le Sénégal et l’Afrique, toute entière, qui perd un monument.
Celui qui, à travers la Maison des esclaves de Gorée (Sénégal), était reconnu comme
l’un des fidèles gardiens de la mémoire du peuple noir. Plus qu’un sacerdoce, il en
avait fait sa mission sur terre. Conservateur en chef de cette maison mythique
pendant quatre décennies, Boubacar Ndiaye était cet homme qui charmait par son
discours et faisait
pleurer quand il relatait les dures souffrances des esclaves. Par son charisme et
sa voix imposante, il arrivait toujours à attirer l’attention du visiteur le plus
indifférent. Et chaque fois qu’il retraçait l’enfer quotidien des esclaves dans ce
lieu sinistre et les conditions de leur déportation vers le Nouveau monde, beaucoup
de voyageurs ne pouvaient s’empêcher de verser des larmes. «Le Vieux sage»,
refusait qu’on balaie d’un revers de main trois siècles de traite des Noirs. Dans
ce combat contre l’oubli et l’indifférence, cet homme a permis, en 1990, la
restauration de la Maison des esclaves par l’Organisation des Nations Unies pour la
Science et la Culture (Unesco). Ce temple de la mémoire que les Africains et ceux
de la diaspora considèrent comme un lieu de pèlerinage. Grâce à lui également,
chefs d’Etat, monarques et grands hommes de ce monde réservent souvent une journée
ou un après-midi pour prendre la
chaloupe de Gorée. Si le passage à la Maison des esclaves de Gorée est devenu l’un
des rendez-vous phare des touristes, Joseph Ndiaye y a largement contribué.
D’origine goréenne, cette icône du peuple noir a vu le jour en 1922 à Rufisque. Il
a travaillé comme compositeur-typographe avant de s’engager sous les drapeaux de
l’Armée française en 1943. Il participe à la libération de la France. Ancien
Tirailleur sénégalais, Joseph Ndiaye a également servi en Extrême-Orient à la 1ère
Brigade des Commandos parachutistes coloniaux. Plusieurs fois distingué, le vieil
homme est fait Officier de l’Ordre national du lion, Chevalier de l’Ordre national
du Mérite et Chevalier de l’Ordre du Mérite sénégalais. Son travail de conservateur
est également approuvé par plusieurs universités étrangères qui l’ont fait Docteur
honoris causa. En 2004, le promoteur du gala de la Reconnaissance, Ndiawar Touré,
lui rend un vibrant
hommage en le faisant parrain de la manifestation. Inspiré par cette forte
personnalité, le réalisateur algérien Rachid Bouchareb en fera le personnage
d’Alloune dans Little Senegal (2001). Egalement dans le long-métrage du
documentaire américain The Healing Passage : Voices from the water de Saundra
Sharp, Babacar Joseph Ndiaye y joue son propre rôle. Il en est de même dans le film
suisse ‘’Retour à Gorée’’ mettant en scène le chanteur Youssou Ndour. Dans un passé
récent, Joseph Ndiaye faisait pudiquement état de sa misère personnelle. Et dans
une interview, il disait : « Il est vrai que j’ai reçu tous les honneurs du monde,
mais on ne nourrit pas sa famille avec des citations ». Mort à l’âge de 87 ans, le
vieux sage lègue aux Africains et au monde deux ouvrages : « La Maison des esclaves
de Gorée » (1990) et « Il fut un jour à Gorée : l’esclavage raconté à nos enfants »
(2006), Michel Lafon. Dans ce livre,
l’ancien conservateur de la Maison des esclaves explique aux enfants « la capture
des Africains, les marchés où on les vendait comme des animaux, les soutes
pestilentielles des bateaux qui les emmenaient en Amérique et notamment aux
Antilles, les plantations où ils travaillaient sous la menace du fouet, les
récalcitrants ayant le jarret coupé… » Un document d’une humanité exceptionnelle
éloigné de la rage et de la rancœur qui obstruent toute compréhension à la
question.

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