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28 janvier 2009

NATION Pr Yves N’goran-Theckly : “Le Ghana se positionne aujourd’hui comme une référence africaine d’un pays émergeant”

Actualites QuotidienL'Intelligent d'Abidjan

Le Pr Yves N’goran-Theckly, magistrat et aujourd’hui conseiller à la Chambre
Administrative de la Cour Suprême, nous livre, dans cet entretien exclusif, sa
vision du Monde d’Aujourd’hui après l’investiture du 44e Président des Usa : Barack
Obama.

Que pensez-vous de l’élection d’Obama et ce que cela pourrait changer dans le monde ?
Réduire le changement qui s’opère aux U.S.A à la seule couleur de peau du Président
Obama est inconcevable. Ce qui se passe c’est que le Président a tous les atouts
pour occuper ce poste et qu’il a le mérite du «winner» qui est une caractéristique
de la culture américaine de même que le « fight spirit ».

Que pensez-vous qu’il puisse apporter de nouveau aux Américains et au monde ?
Le Président Obama a à répondre aux défis de la crise financière, de la sécurité
sociale et la santé, de la cohésion sociale par la réduction des différences et
autres handicaps, la réconciliation des communautés et minorités par la promotion de
l’égalité des chances, la lutte contre le terrorisme par la relecture de la guerre
en Irak avec le retour programmé des boys. Comme vous le constatez, les attentes
sont nombreuses aussi bien au plan national qu’international. Mais n’oublions pas :
Obama reste et demeure le Président des U.S.A non celui du monde !

Que doit-on attendre véritablement au niveau des U.S.A ?
Sa volonté de changement sera confrontée très rapidement à la rigueur budgétaire et
à la récession financière. Sur le plan militaire, même s’il bénéficie d’un capital
politique important, sa marge de manœuvre reste limitée. Il devra aussi compter avec
tous les lobbies et autres groupes de pression et réseaux d’influence et qui ne
feront rien pour lui faciliter la tâche dès lors que leurs intérêts seront en cause.
La realpolitik risque de bien vite s’imposer à Obama, après un état de grâce qui
pourrait être assez court…

Obama aura-t-il les mains libres pour gouverner ?
Même si le parti démocrate est majoritaire au Congrès. Traditionnellement, il reste
indépendant du Président. Obama devra faire preuve de dextérité et de savoir-faire
avec la majorité démocrate. La décision la plus attendue et la préoccupation majeure
des Américains, c’est l’économie. Ces premières actions devraient concerner la
fluidité du système de crédits, contenue dans le plan PAULSON qu’il soutient.
Maintenant qu’il a à gérer ces trois mois de transition BUSH dans lesquels aucune
décision significative n’a été prise… Des mesures immédiates doivent être prises
urgemment.

Que va changer son élection sur le plan international ?
Au départ, il va privilégier des objectifs réalistes de coopération et la diplomatie
pour rétablir la crédibilité des U.S.A dans le monde. Mais il n’hésitera pas à mener
sa politique seule, s’il estime nécessaire comme au PAKISTAN. Ainsi n’hésitera-t-il
pas à faire usage de la force si cela est indispensable au nom de la lutte contre le
terrorisme. Cela pose le problème de l’AFGHANISTAN. Pour moi, il s’agit là d’une
question de culture entre le monde judéo-chretien et islamique. Les idéologies
religieuses ont leur dogme et ce pays, constitue depuis son histoire et idem pour
l’Irak, un enlisement pour la culture occidentale. La victoire ne pourra pas
s’obtenir par les armes encore moins par l’exportation d’une culture mondiale
standardisée avec ses codes… C’est à ce niveau que les relations avec l’Iran
prennent tout leur sens, mais sachons que les U.S.A ne faibliront jamais contre ce
qu’ils considèrent comme des terrorismes.
Mais, je pense qu’en politique étrangère que son appréciation va se mesurer à sa
capacité à convoquer Israélien et Palestinien le HAMAS compris, à une table de
négociation. Concernant la RUSSIE, il veut préserver les U.S.A d’une approche de
confrontation. D’autant plus que ces deux pays se rejoignent sur le sujet de
l’Iran. Les prémices sont positives, on verra bien ce qu’il en sera… Par
ailleurs, Obama devra également tenir compte de la Diplomatie Européenne qui s’est
mise en marche avec le Président SARKOZY et qui entend ne plus rien concéder.

Quelle nouvelle politique des USA vis-à-vis de l’Afrique ?
C’est un adepte de la Bonne gouvernance, qui tient compte des caractéristiques
suivantes :
- une politique macro-économique stable ;
- un secteur public géré efficacement ;
- les lois et les libertés respectées ;
- un gouvernement et des services publics qui rendent compte de leurs gestions et
mettent les informations à la disposition du public ;
- un pouvoir législatif qui reste assez indépendant et fort pour exercer un réel
contrôle sur l’action gouvernementale ;
- un pouvoir judiciaire qui se donne les moyens pour rester indépendant et jouer son
véritable rôle ;
- une société civile qui participe aux décisions et aux initiatives concernant à la
fois le développement et la gestion des affaires publiques ;
- un pouvoir politique régulièrement transféré par un système d’alternance
pacifique, avec une représentation des différentes sensibilités. C’est pourquoi, et
pour moult autres raisons, il sera très regardant et intransigeant sur ce qui passe
en Afrique.

Parlant du continent africain, que vous inspirent les situations de la Guinée, du
Zimbabwe et du Ghana?
Pour parler de l’Afrique, il faut revenir au concept de Démocratie; «gouvernement du
peuple par le peuple et pour le peuple ». Gouvernement du Peuple, c’est le peuple
titulaire du pouvoir, c’est-à-dire de la souveraineté nationale. Le Gouvernement par
le peuple est le système représentatif qu’il soit parlementaire ou présidentiel,
pour le peuple, c’est tenir compte de l’intérêt du peuple, c’est-à-dire mettre en
œuvre dans l’intérêt des populations, la Bonne Gouvernance. Ceci dit, en Guinée, il
s’agit d’une crise de successions dans laquelle la mise a été raflée par les
militaires. Mais faudrait-il que la sagesse les inspire et que très rapidement les
élections libres et sereines se tiennent. Afin de rendre le pouvoir aux civils et
construire une vraie République, garantie du Développement. La Guinée mérite mieux.
En ce qui concerne le Zimbabwe, c’est dommage pour le père Robert MUGABE que nous
avons tous adulé dans notre
jeunesse comme père de l’indépendance, soit aujourd’hui celui-là même qui le
conduit à l’agonie. Que ce pays si riche soit arrivé à ce déclin et qu’on arrive à
cette physionomie gouvernementale qui n’est pas source de progrès et de paix. C’est
toute la problématique de l’Alternance Politique en Afrique posée en toile de fond
avec le statut des anciens chefs d’Etat… Hélas ! Ce pays se meurt dans un silence
déconcertant et total. Et pour revenir au Ghana, je tire mon chapeau à Rawlings qui
a posé de bonnes règles de gouvernance après le passage de certains présidents dont
on ignore aujourd’hui les noms, parce qu’ils n’ont pas su faire l’histoire ; ce
pays est devenu un modèle pour nous tous avec deux passages de témoins dans la paix
et la confiance. Le Ghana se positionne aujourd’hui comme une référence africaine
d’un pays émergeant.

Croyez-vous en l’Afrique ?
J’ai bon espoir que les choses vont changer, de grandes choses se sont déjà faites
sur ce continent et je reste persuadé qu’elles se feront à nouveau. Nous sommes dans
l’ère du Verseau où de grands changements doivent s’opérer pour l’avancement de la
planète terre, le continent africain ne saurait être en reste …

Que pensez-vous de la Cour Pénale Internationale (CPI) ?
Cette juridiction a été créée pour mettre fin aux abus de plus en plus constatés
dans la gestion des conflits internes. Remarquez qu’il y a aujourd’hui moins de
guerres inter-Etats et beaucoup plus intra-Etats. Des peuples entiers sont victimes
des exactions «des seigneurs de la guerre ». Mais, au nom de la souveraineté de
chaque Etat, certains pays contestent l’existence de cette Instance judiciaire dont
les U.S.A. Mais aujourd’hui dans le cadre de l’interdépendance et la mondialisation,
nécessité se fait loi de pouvoir prendre des sanctions exemplaires contre des
tortionnaires reconnus dans le cadre d’une investigation et instruction de l’affaire
menée dans les règles de l’art. Nul n’est au-dessus de la loi. Le T.P.I empêche la
justice du vainqueur et fait droit à une justice plus objective, équitable
collégiale et mieux organisée. Par son symbole, cette épée de Damoclès pèse sur la
tête de tout acteur politique
potentiellement dangereux pour son peuple. Il est nécessairement le pendant de la
Bonne Gouvernance.

Quelles sont les valeurs que doit incarner un politique ?
Le politique doit :
- respecter l’intelligence de son adversaire et ne jamais lui contester sa capacité
à l’alternance ;
- ne jamais jouer avec le bien commun et la solidarité de tout un peuple;
- ne faire aucune promesse par convoitise et/ou prétentions électoralistes.
Propos recueillis par Hervé Gobou

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