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19 mai 2009

Opération ‘’Noël à Abidjan’’ / Jean-Paul Ney déballe tout : ‘’J’ai connu le pire et le meilleur de la Côte d’Ivoire’’

Actualites DossierL'Intelligent d'Abidjan

Jeudi 7 mai 2009. Jean-Paul Ney est annoncé vers 13H00 dans les locaux de l’I.A, un jour seulement après avoir obtenu, à la faveur de la visite du secrétaire d’Etat français à la Coopération et à la Francophonie en Côte d’Ivoire, une mise en liberté provisoire dans une affaire de « complot contre l’autorité de l’Etat », en Décembre 2007. Cinq heures de temps après, l’attente devient longue, le doute s’installe. Finalement, aux alentours de 18 heures, il fait son entrée, accompagné d’un ami et confrère ivoirien. Très vite, l’atmosphère se détend et en toute convivialité, Jean-Paul Ney se raconte et raconte les péripéties de son arrivée en Côte d’Ivoire, jusqu’à sa détention à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Interview exclusive.

Quelles sont vos impressions après votre libération et quelles sont les nouvelles de la MACA?
Humer l’air de la liberté est extraordinaire, pourtant c’est le même air. Seulement quand on franchit une porte à un mètre de distance, c’est une renaissance parce que c’est une épreuve très dure que je ne souhaite vraiment à personne. M. Alafé devait être là parce qu’on s’est connu en prison et cela a été le début de l’amitié qui nous lie tous. Il faut savoir que quand Wakili est arrivé, j’ai été parmi les premiers à lui sauter dessus et je lui ai dit (alors que j’étais à 7.000 km de chez moi, même si j’avais le soutien de mes amis et de mes parents) : « c’est dégueulasse ce qu’ils vous ont fait». A partir de là, on ne s’est plus quitté. Il était à la cellule 11, j’étais à la cellule 12, on a rigolé ensemble, on a mangé, il m’a fait découvrir les plats africains, les sauces… J’en parle parce qu’il n’est pas là. On a été retardé par des paperasses à la DST, puisqu’ils ont retenu mon passeport. On a dû faire intervenir l’ambassadeur et le colonel qui s’occupe de tout ce qui est sécurité intérieure, pour qu’ils aillent voir le sous-directeur à la Sûreté nationale pour qu’on me rende mon passeport. Je devais aussi présenter mon billet de levée d’écrou qui a servi à récupérer le passeport, le matériel de travail et les clés de chez moi. J’ai été très soulagé, (mais aussi un peu inquiet) de voir le frère Alafé que j’ai vu arriver repartir aussi vite, mais je savais de toute façon qu’il me soutiendrait. Nous avons tous des défauts et des qualités, essayons d’améliorer nos qualités et d’effacer nos défauts. J’ai connu le pire de la Côte d’Ivoire et aujourd’hui, Dieu me montre le meilleur.

Qu’est-ce que vous entendez par « le pire de la Côte d’Ivoire » ?
Pour moi, le pire de la Côte d’Ivoire c’est que des gens comme IB soient capables d’essayer de monter des pseudo-arnaques, des pseudo-coups d’Etat. Le pire de la Côte d’Ivoire, c’est de voir des enfants mourir de faim dans une maison de correction. Le pire de la MACA, c’est de voir des malades de la tuberculose mourir à deux mètres de soi et de ne pouvoir rien faire. C’est comme toutes les prisons du monde, le pire de l’être humain, c’est-à-dire qu’on peut connaître des moments très mauvais, on peut tenter des choses. J’ai fait une bêtise, j’ai attenté à ma propre vie parce que j’étais fatigué. C’était un cri de désespoir et c’est cela qui peut être le pire de l’homme. Maintenant, je goûte au bonheur d’être libre en Côte d’Ivoire, à Abidjan, de ne pas être persécuté par des gardes, par des voyous, mais de rencontrer des bosseurs et des passionnés. Je reviens dans mon monde et c’est cela qui rend l’air vraiment pur.

Pouvez-vous nous dire aujourd’hui ce qui vous a conduit dans les geôles ivoiriennes ?
Il y a deux choses qui m’ont conduit dans les geôles ivoiriennes. La première, c’est que je n’ai pas assez fait attention, j’ai été inconscient, j’ai cherché le scoop comme tout le monde. Voilà le retour d’un ex-rebelle sur son territoire qui, monte un soi-disant coup d’Etat. Est-ce vrai, est-ce faux ? Comme je l’ai toujours dit, reporter ce n’est pas ce que je fais, c’est ce que je suis et ce métier, je le vis presque 24h/24. C’est-à-dire que cela plaise ou non, je m’investis. J’ai passé du temps avec des gens qui étaient des criminels peu recommandables pour une enquête. J’ai passé du temps à enquêter, à investiguer, à infiltrer les groupes de pirates informatiques en France sur les arnaques à la carte bancaire, etc. J’ai fait la même chose pour Canal+, on a beaucoup travaillé sur tout ce qui est terrorisme, sur des groupes comme le Hezbollah et le Hamas au Moyen-Orient. Quand vous vous levez, on sent que vous vivez votre métier, mais ce n’est pas toujours le cas ici, parce qu’il y a des gens qui ne le font pas comme cela. Moi, c’est un Tintin reporter avec un peu de capitaine Haddock mélangé, c’est-à-dire parfois la niaiserie, les erreurs de parcours du capitaine Haddock qui glisse sur une plaque de verglas. Tintin est beaucoup plus fin, mais c’est un reporter qui s’investit complètement. Je me suis senti trop sûr de moi et la Côte d’Ivoire est peut-être une réalité de terrain qui m’a échappé; c’est un terrain que je pensais maîtriser en regardant un ou deux documentaires, mais je me suis trompé. J’ai fait une erreur. J’étais très fatigué parce que c’était à une période où je revenais de Madagascar. Je pensais pouvoir assumer cela pour l’Agence Gamma, même si l’Agence Capa a fait un documentaire qui démontre bien ma démarche, puisque j’ai semé des indices tout le long de mon parcours pour que, au cas où il se passe quelque chose, on ne puisse pas dire « tu es venu faire ceci ou cela », alors que c’est mon métier que je suis venu faire.

A vous entendre, c’est le scoop sur un coup d’Etat qui vous a envoyé en Côte d’Ivoire. Si on annonce encore un tel événement en Côte d’Ivoire dans les jours à venir, seriez-vous prêt à revenir chercher le scoop ?
J’y réfléchirai par deux fois. Mais, je voudrais corriger une chose que les médias ont dite. C’est qu’on ne m’a pas arrêté devant la RTI. On m’a arrêté à la Cité Rouge, où Jean-François Cazé m’avait envoyé avec un guide. Des gens devaient venir me chercher à cet endroit pour partir vers le Nord. C’est le scénario qu’il m’avait proposé et qu’il a reconnu devant les journalistes de l’Agence Capa (NDLR, en France). Il y a eu une confusion que j’aimerais bien qu’on corrige. On ne fait pas de photos de nuit devant les bureaux de télévision, je n’ai jamais vu cela. Si c’est pour espionner une télé et que je veux des plans de la RTI comme cela a été dit, je vais sur Google Maps ou Google Earth et je regarde Abidjan pour connaître les alentours de la Cité rouge, ou de l’école de Gendarmerie, ou de cette fameuse télé. C’est ce que Cazé faisait, il prenait des plans sur Google Maps et il faisait croire que c’étaient des plans des services français ou des photos des services secrets pour drainer des gens, alors que c’étaient des documents imprimés sur Google. Je retiens seulement que Cazé m’a dit « tu vas aller devant une cité universitaire qui s’appelle Cité rouge. De là, il y a un carrefour et quelqu’un va venir te chercher ». Or, personne n’est venu. Au bout de vingt minutes, c’est le CeCOS qui nous est carrément tombé dessus.

Vous avez été présenté dans un documentaire comme une personne qui a été manipulée. A quand remonte votre rencontre avec Jean-François Cazé et avez-vous déjà fait des opérations ensemble en Afrique ?
Le documentaire précise que c’est Jean-François Cazé qui opère en Afrique depuis 1999. La seule mission pour laquelle j’ai été envoyé en Afrique, c’était pour le compte de la chaîne ARTE, avec M. Philippe Aimart. Nous avons réalisé tous les deux un documentaire sur la vanille à Madagascar. Par la suite, j’ai eu l’occasion de venir en Côte d’Ivoire, de filmer la rébellion et le retour de ce chef rebelle. Je ne connais pas l’Afrique, mais je me dis « on y va ! ». Mais, je prends mes précautions, c’est pourquoi le documentaire existe aujourd’hui, sinon il n’y aurait pas eu de documentaire. Si je n’avais pas laissé des cassettes ou de petits éléments, comme chez nous le conte du Petit Poucet, qui sème des cailloux pour qu’on retrouve son chemin, je ne pense pas que je serais devant vous aujourd’hui, peut être que j’aurais pris une balle dans la tête ou encore je serais à la MACA.

Vous reconnaissez que Jean-François Cazé vous a manipulé, alors allez-vous porter plainte contre lui ?
Oui, mais ce n’est pas une question de trahison ou de manipulation. Ce monsieur, à un moment donné, me retient par « la force », sous la menace d’une arme et cela commence au Bénin. J’arrive dans un territoire où je ne connais personne, mais si on était au Moyen-Orient, les choses se seraient passées différemment. J’ai réussi à sortir une fois et à me réfugier à l’ambassade de France, mais je suis revenu parce que je voulais aller jusqu’au bout pour voir qui était ce monsieur, où tirait-il ses financements, d’où il venait et jusqu’où cela pouvait aller etc., parce que je n’ai jamais cru en cette espèce de coup d’Etat avec des gamins qui portent des tee-shirts dans la rue. J’ai couvert des guerres, j’ai vu des gens armés et je sais ce que c’est le Hamas ou le Hezbollah qui sont deux forces de frappe.

Vous dites que vous n’avez jamais cru à un coup d’Etat avec des gens en tee-shirt, mais vous étiez tout heureux de venir en Côte d’Ivoire réaliser le scoop de votre vie…
Je venais au départ pour cela, mais vous savez, ce n’est jamais une joie de réaliser un scoop. Les plus belles photos sont souvent synonymes de souffrance. J’ai commencé une enquête, il fallait que je la finisse. Ce Cazé m’a interpellé quelque part. Il est lié à un cabinet d’avocats parisiens. Je sens qu’il y a la Françafrique derrière, il y a des rebelles et on me présente des gens. Il y a toute une préparation à Paris et moi, je suis arrivé un peu en fin de course. On m’a dit: «ce monsieur est là pour ceci, celui-là est là pour cela, donne-moi ton passeport et en cinq minuites, on a le visa. Je n’ai pas le temps de finir mon café, ma cigarette, on est à la Place Victor Hugo et ce monsieur en cinq ou dix minuites, il obtient un visa pour la Côte d’Ivoire. Là, il y a un problème quelque part.

Comment avez-vous connu Jean-François Cazé ? Qui vous l’a présenté ?
Il m’a été présenté dans le cabinet d’avocats. Il m’a recontacté sur Internet et on s’est revu chez ces avocats, dont je préfère taire les noms. Ils m’ont dit « ce monsieur a des reportages à te proposer en Afrique ». En tant que journaliste, on rencontre des gens comme cela et c’est ainsi que le réseau se crée. Je ne suis pas allé, par une opération du Saint-Esprit, tout seul au Liban en pleine guerre. Non ! Si j’ai pu franchir la frontière illégalement et entrer dans ce pays en pleine guerre en 2006, c’est parce que je connaissais quelqu’un dans le Hezbollah qui parle français, anglais et qui est l’un des porte-parole de Hassan Nasrallah. Cette personne m’a été présentée à Paris, dans un restaurant au cours d’un dîner. Et puis un jour, cette personne vous propose un reportage. Vous savez de quoi je parle, puisque vous êtes journaliste.

Pouvez-vous nous dire si oui ou non, le film qui a été présenté sur Internet est une histoire vraie ?
Le film qui a été présenté sur Internet est un montage technique et non un montage de manipulation. Il y a une heure ou deux de vidéo sur Internet alors que j’ai filmé 14 heures de vidéo parmi lesquelles, il y a au moins 80 à 90% en caméra cachée. IB et les autres ne savaient pas tout le temps qu’ils étaient filmés seul Cazé savait. Je confirme donc les images et je n’ai filmé que ce que j’ai pu.

C’est donc vous qui avez filmé le discours d’entrée d’IB à Abidjan dans le film ?
Ce n’est pas un discours d’entrée à Abidjan. C’est une table de questions qui a été proposée par Cazé. Il m’a dit: «pose-lui cette question, je veux voir comment il réagit devant la caméra». J’ai dit ok, je vais suivre son cinéma parce qu’il est armé et comme je l’ai dit tantôt, je veux voir ce qui va se passer après. La veille, les choses avaient été très claires : « tu filmes quand je te le dis, tu photographies quand je te le dis». Je me suis dit qu’on allait jouer à cela et qu’à un moment, quelque chose allait déclencher et je vais pouvoir lancer un appel. C’est ce que j’ai fait.

Pourtant, des gens qui étaient à Abidjan et qui tenaient des discours virulents contre le Président Gbagbo, se sont retrouvés dans le salon de IB dans ce film. Il y a par exemple Séry Modeste qui était dans le film et il disait qu’il était l’instigateur des mouvements des instituteurs. Etait-il effectivement avec vous ?
Nous nous sommes croisés, mais nous n’avons pas beaucoup parlé. La seule chose qu’il a faite quand je suis sorti de prison, c’est de venir se coller à moi pour passer devant la caméra. Mais, j’ai l’impression que Modeste Séry est un homme politique et il veut faire de la politique. Il a fait beaucoup de discours à la MACA et si on est resté aussi longtemps, cela a été aussi un peu de sa faute. J’ai vu Cazé le menacer et je l’ai dit au juge devant notre avocat, puisque nous avons eu un avocat commun, je ne sais pourquoi. Je n’ai pas encore vu ce film, mais j’ai vu des morceaux qui ont été repris dans le documentaire qu’on m’a envoyé en DVD. Si ces gens ont tenu ces propos, je n’en suis pas responsable, je suis juste le caméraman qui était là pendant que ces propos ont été formulés.

Vous n’y êtes pour rien comme vous le dites, mais vous réussissez quand même à obtenir un visa en cinq minutes en France. Est-ce que les réseaux diplomatiques ont été informés de votre voyage en Côte d’Ivoire ? Vous l’ont-ils déconseillé ?
Je me suis rendu à l’ambassade de France à Abidjan où quelqu’un que je connais travaille. Cela m’a permis de lui dire que je suis en Côte d’Ivoire, j’ai un problème à lui expliquer. J’ai expliqué ce problème à cette personne qui m’a écouté attentivement et après je suis parti pour poursuivre mon enquête parce que de toute façon, je n’avais ni mon passeport ni mon billet d’avion. J’ai laissé toutes mes affaires dans une villa avec un grand portail, deux gardes devant et une grille fermée de l’extérieur. Quand Cazé sortait la nuit, il fermait de l’extérieur. C’est ainsi qu’un soir j’ai réussi à pirater sa connexion Wifi. Cazé est quelqu’un de très discret qui boit beaucoup. C’est quelqu’un qui a la bouteille facile, un mythomane, mais quand je l’ai vu à Paris, pendant les deux ou trois rendez-vous, il n’était pas du tout comme cela.

Vous qui avez pratiqué le sergent-chef Ibrahim Coulibaly, pensez-vous que c’est un homme sérieux?
J’ai l’impression que c’est quelqu’un qui ne comprend plus rien à la réalité politique ivoirienne tout simplement. C’est quelqu’un qui est dans une phase de combat permanent, d’un maintien des hostilités, c’est quelqu’un qui me semble perdu dans cet état d’esprit de violence. Il n’y a rien d’autre à dire. C’est vraiment ce que je ressens, ce que je pense du personnage. Il n’a pas de charisme.

Ce que vous dites est assez surprenant parce qu’il a des partisans en Côte d’Ivoire, qui le trouvent très charismatique. Quand vous dites qu’il n’a pas de charisme, n’est-ce pas parce que vous êtes tombé dans un traquenard ?
C’est possible que lui-même se soit méfié. Quand je dis qu’il n’a pas de charisme, c’est pour dire que dans les séquences que j’ai filmées, soit il n’était pas à l’aise, mais en tout cas il ne m’a pas semblé rassuré du tout.
Qu’est-ce que vous pensez des autorités ivoiriennes qui, un matin vous arrêtent devant la Cité Rouge et vous conduisent à la MACA ?
Je vais vous dire la vérité. On ne va pas utiliser la langue de bois. C’est arrivé, on est dans un pays qui a été divisé en deux. Il y a eu la guerre en 2002, 2003 et 2004. Il y a eu un problème entre deux présidents, le Président Chirac et le Président Gbagbo. Il y a eu une cassure avec la France qui se répare doucement, doucement comme une fracture ouverte qui est en train de se réparer. Et puis, il y a des gens qui veulent encore mettre du feu après une énième tentative de réconciliation et de paix. C’était mauvais d’arriver sur un terrain comme ça. Que les autorités soient fébriles, c’est normal ! Les accuser non, je ne le fais pas. Et je ne vais pas le faire parce que c’est trop facile. Tout à l’heure, j’étais à la DST pour récupérer mes affaires. Je me dis que les gens ont fait leur travail. Ce n’est pas la DST qui m’a maltraité, ils m’ont simplement arrêté. A partir de la DST jusqu’au jour de ma libération, je n’ai manqué à manger. Et pourtant Dieu sait que les autorités ivoiriennes m’avaient mis sous surveillance. A la moindre crise de palu, il y avait un médecin dans ma chambre. J’ai fait une crise de typhoïde. Pour répondre à la sous question, qui aurait organisé ça ? Je pense que Jean François Cazé est un gros mythomane qui a embarqué le représentant d’un cabinet d’avocats lui aussi très fébrile envers le gouvernement ivoirien et Monsieur Gbagbo. Raison pour laquelle ces deux derniers se sont monté la sauce. Monsieur Jean François Cazé a pris de l’argent aussi bien à IB qu’à des autorités ivoiriennes qui étaient chargées de la sécurité de ce pays. Et qui ont été bernées par ce monsieur. Quand on était allé devant la Présidence, il leur a dit voici le Blanc, il est dans la voiture, c’est lui qu’il faut prendre. Voilà, moi, je pense que c’est ça. J’ai eu le temps de réfléchir et de me dire que ce n’est pas ce qui m’arrange. Si on devrait faire un coup d’Etat, on n’aurait pas eu besoin de ce film-là pour le faire. Si la France voulait un coup d’Etat, elle n’aurait pas eu besoin de ça pour le faire. Si les Américains veulent prendre un pays, ils le font en deux minutes. Ce ne sont pas des déclarations politiques, ce sont des réalités du terrain. Je suis journaliste, je ne suis pas un acteur impliqué dans un coup d’Etat. Et si c’est Cazé qui a voulu que ce soit monté comme ça, il a presque réussi. Parce qu’il y a des journalistes qui sont tombés dans le piège. Heureusement, l’Agence Capa qui a dit: «il nous a forcés pour faire sortir le scoop», heureusement, ils ne l’ont pas fait sortir parce qu’ils ont senti que c’était trop facile. Il y a des journaux ivoiriens qui sont tombés dans la facilité. Moi, je pense que dans ce mélange Cazé et avocats, il y a eu des réseaux France-Afrique qui se sont mis en place qui, peut-être, ont voulu prendre de l’argent.

Quels sont vos rapports avec le Président Nicolas Sarkozy ?
Il y a plus de quatre cents mille journalistes qu’on va dire proches du Président Sarkozy parce qu’ils ont suivi la campagne présidentielle. Je demandais au Président Sarkozy quand il était encore ministre de l’Intérieur, je me rappelle c’était en janvier 2006 lorsqu’il a été à l’institution de la présidence de l’UMP à Versailles de faire la dédicace d’un ouvrage. Je lui ai dit que j’étais en train de travailler sur le livre ‘’Le dernier Rempart’’, sur le service de protection des personnalités. Je souhaiterais avoir la préface du ministre de l’Intérieur. Il m’a dit «non, ce sera le Président qui préfacera, le prochain Président, c’est moi». C’est comme ça que ça s’est passé. Il y a un rapport de journaliste. Moi, j’ai de l’admiration pour le Président Nicolas Sarkozy, je ne le cache pas.

Pourquoi avez-vous pris le soin de vous filmer avant votre départ pour la Côte d’Ivoire ?
Quand on part comme ça pour des investigations sur des terrains vierges, c’est ce qu’on fait. Moi, c’est ce qu’on m’a appris à faire et je le ferai toujours. Le travail anglo-saxon a une méthode différente de la méthode française. C’est une méthode d’investigation profonde. C’est une méthode d’implication. On s’implique vraiment en tant que reporter. Je ne suis pas reporter parce que je fais, reporter c’est ce que je suis. C’est comme ça que je perçois le métier et je le pratique. On n’est pas obligé de prendre la Côte d’Ivoire pour ce reportage. Prenons un autre terrain, une zone de guerre où il n’y a pas de moyen d’entrer. Comment je fais ? Mais, j’entre illégalement. Je prends un coup de pince, je découpe les grillages comme tout le monde, et puis je passe pour aller faire des photos et revenir. Je prends mon avis de Tel-Aviv en redescendant au Nord où ça lance encore des roquettes sur la zone. Il y a des fois où il faut aller chercher l’information, il faut mettre les mains dans le cambouis. C’est une des formes de journalisme que je suis en train de revendiquer. Il y a le journalisme de Desk, le journalisme d’investigation et le journalisme du quotidien, ce sont des traitements de dépêches, de l’information quotidienne. Ça, c’est autre chose. Mais, le journalisme d’investigation, on ne s’investit pas en tant que des acteurs mais des reporters et on va chercher les informations là où il faut.

Que pense aujourd’hui IB de Soro Guillaume et de toutes les Forces nouvelles ?
Moi, ce que je sais, c’est que je l’ai filmé à un moment donné où il a dit : « Soro le chenapan » ; et c’est même dans le film et c’est la seule chose qu’il a dite sur lui. Les extraits de ‘’You tube’’ de la façon que ça été monté, on dirait que ça sert un côté mais je ne vais pas vous dire lequel. Mais, ça facilite un côté. Moi, je suis à la DST en ce moment- là, j’ai 14h de cassettes vidéo. A la DST, je leur dis que j’ai les vidéos et les reportages. Ce sont ces cassettes que Cazé voulait récupérer le 27 décembre 2007 quand il m’a envoyé à la Cité Rouge. Je lui ai donné quatre (4) cassettes vierges. Deux paires de cassettes où j’ai mis Abidjan, Abidjan II et Bénin, Bénin II sur les étiquettes et j’ai enlevé le papier de protection. Je lui ai dit qu’il y a huit (8) heures, soit deux fois quatre (4) heures. Je l’ai embrouillé, deux fois un est facilement débrouillable.

Comment expliquez-vous l’omerta de Jean-François Cazé qui est libre en France et vous, en prison en Côte d’Ivoire ?
Je ne crois pas et par rapport à ça je ne peux pas faire de déclaration parce que je n’ai pas encore le dossier. Je n’ai pas encore tout vu. Et ça, ça fera l’objet d’une conférence de presse avec Me Gilbert Colard lorsque je rentrerai à Paris.

Quand rentrez-vous en France ? N’êtes-vous pas un maillon dans le réchauffement des relations entre la France et la Côte d’Ivoire ? C’est Joyandet qui vous fait sortir de la prison ou c’est la justice ivoirienne ?
Ce sont les deux. Je crois que ce sont les deux. Je ne suis pas dans les secrets des dieux, même si j’ai été reçu par l’Ambassadeur ce matin. C’était une réception…Je ne suis pas en brouille avec l’Ambassade de France ni avec les autorités de Côte d’Ivoire. Hier (ndlr : mercredi 6 mai 2009) le directeur de la prison m’a remis gentiment dehors et m’a donné sa carte de visite. Il m’a dit monsieur Ney, si je viens à Paris on se boit une bière. J’ai dit oui, il n’y a pas de problème. C’est complètement hallucinant, mais c’est comme ça, c’est la Côte d’Ivoire. Sans doute j’arrive le samedi 9 mai 2009 matin logiquement à Paris. Si vous m’invitez, je reviendrai en Côte d’Ivoire. J’attends une invitation du Président Gbagbo que je souhaite rencontrer.

Est-ce que vous n’avez pas nargué les autorités pénitentiaires en vous faisant interviewer depuis la MACA ?
Non ! J’ai fait ça dès que j’ai eu un téléphone. Ce n’est pas narguer les autorités. C’est montrer qu’il y a un problème et me défendre parce qu’on m’accuse de quelque chose que je n’ai pas fait. Et ça servi. La preuve, ce sont toutes les indications que j’ai données à l’Agence Capa qui ont fait le documentaire ‘‘Jean-Paul Ney dit; on vérifie et c’est vrai’’.

La justice vous a accordé la liberté provisoire; ce qui veut dire qu’à tout moment on peut vous demander de revenir en Côte d’Ivoire. Etes-vous prêt à revenir ?
Mais, on sait jamais la vie, elle est faite de surprises. Je dis que je me tiens à la disposition de la justice ivoirienne. Je dis, le répète et je dirai à nouveau à tous les médias qui viendront me voir. Ce n’est pas pour faire de la langue de bois, ni de la politique, c’est parce que j’ai un honneur à défendre. S’il y a un procès, je reviendrai parce que je sais que je repartirai libre. Je n’ai aucun grief contre les Ivoiriens ou contre la Côte d’Ivoire. Bien au contraire, c’est sûr qu’au début c’est difficile à la MACA. On a l’impression que tout le monde vous en veut. Mais après on découvre l’homme et puis ça passe.

Pourquoi voulez-vous rencontrer le Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo?
Parce qu’il y a quelque chose de très intrigant chez ce monsieur que j’ai découvert, tout le long de cette année que j’étais ici. J’ai lu un livre qui parlait de lui. J’ai lu des écrits, il y a ‘‘L’Opposant’’ qui est très intéressant, il y a ‘‘L’Historien’’ qui est passionnant et il y a ‘‘Le Président’’ qui est une véritable pile Duracell. C’est-à-dire une bête politique, qui est un mammouth, quelqu’un de résistant qui résiste aux assauts de Chirac, qui résiste aux assauts de la rébellion, qui résiste à des assauts politiques internes. Mais, comment il fait ? Quel est son secret ? Donc, j’ai beaucoup de questions en tant que journaliste à lui poser. Le personnage m’a fasciné, même l’histoire de la Côte d’Ivoire me fascine depuis quelque temps. Depuis l’indépendance, même bien avant l’indépendance, l’époque de la colonisation, voire du Prince Aniaba. Qui a été invité à la cour du roi Louis XIV qui a été fait quand même prince héritier. Voilà on a des liens qui ne datent pas d’hier et qui ne finiront pas demain.
Interview réalisée par la Rédaction

6 Commentaires »

  1. Voila un homme qui sort de prison, subjugué et sous le charme de son geolier.
    Eh bien Oui, c’est comme ça il est le Woody de Maman, intriguant, fascinant mais, déterminé dans l’action, jusqu’au boutiste quand il sait le bien fondé de son Projet pour son pays…..Bref, un Monsieur, le Vrai qu’il faut, pour la Côte d’Ivoire. Vous l’aimez, vous l’aimez pas mais, force est de reconnaitre qu’il est, à ce jour, le Meilleur, le plus à même de faire renaître ce pays. Alors, si vous êtes votre pays, votez pour lui.
    En plus, c’est le seul qu’on n’a pas eu le temps de connaître. Son mandat n’a duré que 2 ans et encore…

    Commentaire par Patrick Mens — 19 mai 2009 @ 6:00

  2. Tu ne dis rien mon cher.Vous aimez le sensationnel et les grandes gueules.Ton Gbagbo, il a fait koi de bons si ce n’est pas légitimer la violence à l’école, faire la promotion de la médiocrité etc…, pire encore il n’a pas epargner la côte d’ivoire de tous ces désastres.Un grand dirigeant est celui ki voit les problèmes venir et les règle de manière efficace afin d’éviter la souffrance de son peule dont il en a la responsabilité.Mais il est resté la, la rebellion s’est installé et occupé une partie du territoire avec en tête le jeune SORO.
    On se rend compte aujourdhui qu’houphouet etait vraiement un grand dirideant africain, tout le long de son regne, il a su déjouer toutes les velléités secessionnistes et hissé son pays au sommet de L’afrique.Le nom prestigieux qu’a connue la CI, ca été grace à houphouet.Ces même gbagbo et compagnie l’ont vilipendé, l’ont traité de vendre la CI à la france, mais aujourdhui ce sont les même petits francais qui viennent l’ordonné et il excécute.Quand on ne comprend rien aux relations internationnales, on la ferme.
    Il a fallu GBAGBO pour tuer la côte d’ivoire.Le seul mérite qu’il a, c’est d’avoir une grande gueule de bagareur.

    Commentaire par xandro — 19 mai 2009 @ 10:53

  3. C’est un woody, mais ton pays est dans la misère de jour en jour.Quand on fait cette criqtique, ils repondent que c’est à cause de la rebellion; mais justement ton rôle de chef d’état cest d’assurer l’integrité terrritoriale du pays et la sécurité intérieure, ce sont la quelques rôles régaliens de l’état.Ces réfondateurs sont là à faire la grande gueule et prononcer des grands discours dignes de grands théoriciens; entre temps c’est la merde qui s’accentuent dans le pays; rebellion, déchets toxiques, violences de la fesci envers la population etc…..; il ne faut pas oublier que gbagbo a approuvé le coup d’état de GUÉI, il s’est même bagaré avec le RDR pour des postes ministériels, parce qu’ils ont trouvé une occasion de prendre le pouvoir.Eh bien, voila la rebellion qui vous ai tombé dessus.comme quoi il ne faut jamais catégoriser des coup d’état à son avantage.Esperons que notre beau pays connaisse un vrai dirigeant capable de relancer l’economie et d’assurer la sécurité des ivoiriens.

    Commentaire par xandro — 19 mai 2009 @ 11:24

  4. que ces ces rebelles est se bataillon de vieux grigou est grigote ,partent ils sont polués la cote divoire pour 3 génération , ha vraiment mrs houphouet qu el classe , il avait quand ont voit ceux qui prétendent le remplacer ? ? mais ce sont des nains a coté de ce grand président qu il etait ! il a fait la cote divoire eux lont carrément saborder pillés que dieu reconnaisse les siens , est vive la future cote divoire !

    Commentaire par ramses — 20 mai 2009 @ 7:07

  5. Ce monsieur fait allusion souvent à Caze et un cabinet d’avocats parisiens.
    En son temps j’avais attiré l’attention des autorités ivoiriennes sur ce cabinet d’avocats qui est situé dans un immeuble appartenant à l’Etat de CI, uste derrière notre ambassade à paris.
    Il y a un avocat qui est virulent à l’égard du Woody et il ne s’en cache pas.ANCI ouvrez les yeux.

    Commentaire par BigBANG — 21 mai 2009 @ 1:34

  6. Le plus attristant dans cet entretien c’est qu’un journal de la pplace accorde un temps soit peu à ce monsieur. Non, quelles que soient ses propos nous sommes à même de considérer qu’un doute pèse sur lui. Alors nos journalistes ne devraient pas lui accorder un temps pour se défende. Pensez-vous qu’en Europe un journaliste lui aurait détourné le moindre regard? NON. Alors messieurs les journalistes africains soyez respectueux de vous mêmes et du métier que vous exercez.

    Commentaire par nanan — 22 mai 2009 @ 9:52

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