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27 septembre 2010

Côte d’Ivoire / Présidentielle du 31 octobre Comment le schéma du chaos se dessine

Actualites QuotidienL'Intelligent d'Abidjan

Ce rapport que nous publions in extenso a été réalisé par Coverseas Worldwide Assistance S.A, avant le 6 septembre 2010 et la certification de la liste électorale définitive. Un document d’experts contenant des analyses pertinentes qui invite chacun à demeurer prudent quant à la suite du chronogramme du processus de sortie de crise.

Les diplomates occidentaux les plus optimistes, qui ne sont pas nombreux, y voient une réelle volonté politique du président ivoirien d’organiser la tenue de cette élection. Un des indices qui les encourage dans cette réflexion est le lieu symbolique de l’annonce, faite le 5 août 2010. En effet, Yamoussoukro, est une ville représentative de l’unité de la Côte d’Ivoire. Elle est située au centre du pays, proche de Bouaké (capitale de l’ex-rébellion, nord du pays), c’est la ville de naissance du président et figure de l’indépendance Félix Houphouët-Boigny. Dans le camp des pessimistes, on opte pour un nouveau report de l’élection à la fin du 1er trimestre 2011. Plusieurs indices les mènent à cette réflexion : le nombre d’étapes qui restent à passer pour imaginer la tenue de l’élection, le manque de financement qui est confirmé et une impossibilité d’organiser cette élection avec plus de 50% du pays sous contrôle de l’ex-rébellion. Si, toutefois, l’élection présidentielle devait avoir lieu, le résultat ne permettra pas, selon les pessimistes de régler les problèmes de fond de la crise ivoirienne. Ils imaginent à court terme un scenario catastrophe : en cas de victoire du Président Laurent Gbagbo, le nord refuserait de réunifier le pays ce qui pousserait le nouveau président, légitimé par les urnes, à déclencher de nouvelles actions militaires au nord. Ces offensives se traduiraient par une nouvelle crise, bien plus profonde, et une déstabilisation des frontières avec le Mali et le Burkina Faso, qui doivent faire face à une recrudescence de la menace islamique, ainsi qu’en Guinée et au Libéria, qui sont tout deux à l’aube d’une nouvelle période politique. La communauté internationale, France et Etats-Unis en tête, a souligné lors d’entretiens diplomatiques en marge du Conseil de Sécurité de l’ONU, la forte probabilité d’un tel scenario catastrophe avec l’augmentation de la menace d’AQMI (Al Aqaïda au Maghreb Islamique) dans le Sahel et la recrudescence de bandes armées dans le nord du Burkina Faso, dans l’est de la Guinée et au Libéria. La tenue d’une élection reconnue par tous avant la fin 2010, voire début 2011, est primordiale pour tenter de construire et de suivre une doctrine de défense face à AQMI en partenariat avec les pays africains impliqués dans cette lutte. Pour atteindre cet objectif, il est indispensable pour les Occidentaux que la Côte d’Ivoire puisse organiser une élection qui offrirait, à l’issue de résultats définitifs, une sortie de crise axée sur une politique de réconciliation et de développement social et économique.
La stabilité de la Côte d’Ivoire doit passer par une élection reconnue par tous afin de légitimer le futur président. La Guinée, jusqu’à maintenant, servait d’argument pour amener les Ivoiriens à cette logique mais, depuis les rumeurs de fraudes au 1er tour de l’élection guinéenne et l’enlisement du processus de sortie de crise, cet argument fait place à des mesures plus directives et plus fortes. Le refus des Etats-Unis de recevoir sur leur territoire Affi N’guessan, président du FPI (parti au pouvoir), en est une parfaite démonstration. Cette décision a été prise de concert avec la France. La communauté internationale, en s’appuyant sur l’ONUCI, demande rapidement au gouvernement ivoirien et à la CEI (Commission électorale indépendante) la mise à la disposition de la liste électorale définitive, afin de donner une lisibilité au processus électoral. Cette application est réclamée régulièrement par les Occidentaux. Pour les diplomates, tant que la liste électorale n’est pas définitive, les menaces de troubles restent élevées. Pour rappel, les tensions et contentieux enregistrés dans les grandes villes du sud du pays pendant le déroulement des phases d’identification. La parution de cette liste permettrait d’apaiser les éventuelles tensions car elle aurait été acceptée avant sa parution par l’ensemble des camps politiques, d’où importance des déclarations de l’Onuci du 26 août dernier. La plupart des diplomates africains en poste en Afrique de l’Ouest, Burkinabès en tête, considèrent que ce communiqué est un signal fort en direction des leaders politiques ivoiriens : les violences verbales ou physiques ne sont pas de bon aloi en cet instant précis du processus électoral, elles doivent être évitées à tout prix et faire place à une plus grande responsabilité de toutes les parties concernées. Les experts du bureau politique onusien de New York estiment incertain le suivi du chronogramme par le gouvernement et la CEI. Pour respecter la date du 31 octobre 2010, les différentes parties doivent s’accorder sur la composition de la liste électorale définitive, puis organiser la distribution des cartes d’électeur et d’identité et enfin, obtenir des ex-rebelles et des miliciens ‘’pro Gbagbo’’ qu’ils déposent les armes et suivent le programme du DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion). Avec un manque budgétaire de 20 milliards de F CFA et un début de campagne prévu fin septembre-début octobre, cela semble irréaliste. La CEI annonce une liste définitive vers le 10 octobre 2010, soit 15 jours avant la date du 1er tour. Mais pour éviter que les responsabilités d’un échec lui soient directement imputées par les partis politiques, elle prévient toutefois que certaines conditions doivent être observées et respectées par le gouvernement et l’opérateur technique pour que la date du 31 octobre 2010 soit effective. Les analystes européens et américains indiquent que les prochains arguments pour repousser le scrutin, déjà reporté à six reprises, seront les contestations des verdicts provenant des tribunaux à propos des dossiers de nationalité. Sans un engagement et un encadrement de ces contentieux par l’ONUCI, le risque d’un report et de troubles comme au début de l’année 2010, est fort. Ils estiment aussi que l’élection aura réellement lieu quand Laurent Gbagbo sera certain de disposer de toutes les cartes pour remporter ce vote. Ce qui n’est pas encore fait. A propos de la réunification du pays, posée comme préalable par le camp présidentiel via son parti le FPI, il est imaginable de le voir réellement s’organiser dans les semaines à venir. Cela fait six ans que le fameux programme de désarmement (DDR) doit être mis en œuvre sur l’ensemble du pays. Les difficultés de financement que rencontre l’état relativement à l’accord de Ouagadougou est manifeste. Le directeur de cabinet adjoint du Premier ministre Guillaume Soro, Koffi Koffi Paul, en a fait l’aveu face aux responsables onusiens en charge du DDR. Les forces armées des Forces Nouvelles (FAFN, ex rebelles) ont affirmé, lors de leur conclave mi-août, que le règlement concernant la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants devrait se faire avant la tenue de l’élection présidentielle pour que celle-ci puisse être tenue et acceptée. La plupart des experts onusiens affirment que dans les semaines à venir, l’état ivoirien ne pourra plus payer la prime de démobilisation de 500 000 F CFA par combattant, ni assurer le financement de leur formation. Enfin, l’intégration des candidats n’est plus adaptée, ce qui entraine des départs de soldats après avoir récupéré leur prime et passé quelques jours en caserne. La plupart de ces ex-combattants sont signalés dans leurs anciennes fonctions. Pour contrecarrer un nouveau report, la communauté internationale a conscience qu’elle doit faire pression sur le gouvernement ivoirien mais deux camps s’opposent stratégiquement. Certains de ses membres ne voient aucune utilité à soutenir le gouvernement ivoirien car selon eux, aucun parti ne sera satisfait du résultat, ce qui entraînera à moyen terme une situation identique à celle de 2002. Ils prennent pour référence la période 1999-2002. A cette époque, le pays était déjà fortement divisé et malgré l’élection de 2000 et par la suite l’organisation de meetings dits ‘’de réconciliation’’, la Côte d’Ivoire a été divisée en 2002 à la suite d’un coup d’état. Pour eux, le mal est trop profond et perdure depuis trop longtemps pour imaginer que la situation se règle à la suite d’une élection présidentielle. D’autres membres de la communauté internationale, quant à eux semblent être favorables à une implication plus prononcée en apportant un complément financier mais pour cela, ils réclament des actions et des garanties au gouvernement de Côte d’Ivoire. Leur souhait est de voir validée la liste définitive, la mise en caserne des ex-rebelles et des miliciens et le début de la distribution des cartes d’identité et d’électeur pour la fin septembre. Le gouvernement ivoirien refuse pour l’instant cet agenda et indique que le décaissement des 12 milliards de l’Onuci, qui font partie d’un fond de secours, et les provisions budgétaires du gouvernement, seront suffisants pour suivre le programme de la CEI. Les experts du département d’Etat américain sont certains que seule une nouvelle politique fiscale permettra la collecte des ressources nécessaires indispensables pour le suivi du processus électoral, estimé à 60 milliards de F CFA (40 milliards pour septembre, 20 milliards pour octobre). Cette nouvelle application fiscale apportera son lot de licenciements et de corruption, ce qui ce traduira par une dégradation des conditions sociales. Pour l’administration américaine, il est indispensable de soutenir financièrement ce processus mais pas sans garanties, afin d’éviter une nouvelle dégradation de la situation sociale en Côte d’Ivoire. La France soutien cette initiative. En résumé, le mois de septembre sera déterminant pour la Côte d’Ivoire. Soit le gouvernement rassure la communauté internationale et il disposera alors de son soutien pour sa reconstruction politique, sociale et économique à l’issue de l’élection présidentielle, soit le gouvernement, pour diverses raisons, renonce à suivre le nouveau chronogramme et il s’enfoncera dans une crise plus profonde. En cas de nouveau report au-delà du 1er janvier 2011, certains membres du Conseil de sécurité recommandent de voter des sanctions renforcées concernant le gel des avoirs financiers et des mesures de circulation en dehors du territoire ivoirien des principaux leaders politiques, afin de les amener à la raison

Source : Coverseas Worldwide Assistance S.A
NB : Le chapeau et le titre sont de la Rédaction

Encadré
Les sanctions de l’ONU en cas de report

Dans le document de Coverseas Worldwide Assistance S.A sur la Côte d’Ivoire, l’on constate que l’Onu (Organisation des Nations Unies) suit de près la date du 31 octobre 2010, date fixée par la CEI (Commission électorale indépendante) pour le 1er tour de l’élection présidentielle. Des sanctions, révèle le document, sont prévues en cas d’un énième report de ladite élection. « En cas de nouveau report au-delà du 1er janvier 2011, certains membres du Conseil de sécurité recommandent de voter des sanctions renforcées concernant le gel des avoirs financiers et des mesures de circulations en dehors du territoire ivoirien des principaux leaders politiques afin de les amener à la raison », révèle ledit document. Autrement dit, si le 1er tour de l’élection présidentielle ne se tenait pas à la date indiquée, Gbagbo, Bédié, Soro, Ouattara, Mabri, Anaky, Wodié et Mel seront les plus visés par ces sanctions. C’est-à-dire les principaux signataires de l’accord de Marcoussis, dont les partis politiques sont représentés à l’Assemblée Nationale et au gouvernement. Il ne sera plus question, en cas de report de tenir pour responsables un quelconque camp. L’Onu est donc prête à frapper tout le monde. Dans la mesure où ce sont ces leaders qui engagent le pays dans le compromis à travers leurs signatures. Et la communauté internationale a finalement compris qu’ils prennent goût dans cette situation de ni paix et de ni guerre. C’est donc un signal fort qui est donné aux acteurs de la scène politique ivoirienne, afin de privilégier l’intérêt de la nation. A lire les sanctions qui seraient déjà prêtes à être votées par certains membres du Conseil de sécurité, tous sont donc condamnés à tenir les élections entre octobre et décembre 2010. Une marche de manœuvre à respecter scrupuleusement. Au quel cas, ces principaux leaders tomberont sous le coup des sanctions onusiennes
Huberson Digbeu

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