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27 février 2010

Culture Berlinale / Festival international du film de Berlin Congo in four acts, un récital de cauchemars et de désespérance

Actualites QuotidienL'Intelligent d'Abidjan

Congo in four acts. Voilà le titre des quatre courts documentaires de la République Démocratique du Congo projetés dans la section Forum, à la 60ème édition du Festival international du film de Berlin (11 au 21 février 2010).

Quatre documentaires et cette même soif de ne pas prendre de gants, de dire les choses dans leur crudité viscérale. Voila le dénominateur commun de tous ces films, où la misère prend plaisir à renouveler ses angles et à étendre ses extrêmes. Tout d’abord à Kinshasa, dans un hôpital d’accouchement. Les réalisateurs de Ladies in Waiting, Dieudo Hamadi et Divita Wa Lusala, montrent des patients désargentés qui, dans l’impossibilité de faire face aux factures de leurs soins, se voient forcés de mettre en gage boucles en or, chaîne hi fi, portables et autres accessoires commodes pour retrouver leur domicile. Pour les plus démunis qui n’ont rien à garantir, les supplications sont un allié faible pour espérer s’en tirer ; car l’hôpital soupire d’abandon autant que les patients, qu’il contraint à un internement plus long que prévu. À la vétusté du local s’ajoutent des lits bons pour la retraite. Que dire des toilettes, seul endroit épargné par la caméra, mais dont on devine derrière des invectives le visage infréquentable ? On croyait avoir tout vu du degré zéro du mal vivre, mais voilà qu’un autre cauchemar surgit, emmené par la caméra du réalisateur Kiripi Katembo Siku. Le documentaire Symphony Kinshasa dévoile Kinshasa dans ses laideurs incrustées de bidonvilles, lacérés de boues et de puanteurs qui n’effraient pas le nez aguerri des enfants ! En voilà d’ailleurs un qui défèque à ciel ouvert dans ce paradis des mouches. Même la pluie, qui gronde comme “le vacarme de vingt démons”, pour employer une expression baudelairienne, vient apporter ses couleurs au tableau lamentable d’une ville qui a complètement loupé le train de l’urbanisme. La fin de ce court documentaire, une scène loufoque et parfaitement dénuée de tout intérêt, montrant des jeunes du ghetto fiers de régner au milieu des immondices, tombe absolument comme un cheveu dans la soupe. L’absence de raffinement n’est pas le seul reproche à ce documentaire enflé d’images à la cueillette facile. Et dans ce cas de figure, un premier essai n’est pas toujours une excuse. Tout aussi inexcusable, dans une autre veine, est le documentaire au souffle discordant du réalisateur Patrick Ken Kalala. Commençant bien comme un hommage à un journaliste congolais assassiné, Shrinking press va peu à peu s’éloigner de cette voix pour ramer dans tous les sens. Parfois même à contre sens. Lâchant le bel hommage, on ne sait trop pourquoi, le documentaire va s’intéresser à la corruption qui sévit dans la presse en République Démocratique du Congo, aux fameux “perdiems” distribués au cours de certains reportages. Celle qui pleurait son père au début du film et qui jurait de vouloir perpétuer sa mémoire ne se gène pas pour la suite pour recevoir sa part de dessous de table. C’est un hommage décapité, une seconde mort pour celui dont la tombe a ouvert les premiers plans du film. Reçoivent-ils des salaires? Quel est le traitement des journalistes au Congo pour les attacher à cette habitude ? Autant de questions auxquelles malheureusement le film n’apporte aucune réponse. Le quatrième documentaire, signé du réalisateur Katembo Siku raconte un autre drame, avec toujours le même refrain poignant, dans After the mine. Ce second film produit une impression nettement au dessus de son œuvre citée plus haut. Il raconte la dure vie d’une femme à Kipushi.
Fortuné Bationo à Berlin

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